VIDEO

Let's stop talking now, 2011 
ou guide de survie sexuelle au bilinguisme (à Montréal ou ailleurs)




Les deux protagonistes en plan fixe, face caméra, se calent la tête sur un oreiller et déblatèrent l'une après l'autre, en français puis en anglais, une série de mots et de phrases indispensables à la joute orale liée à la séduction et la sexualité lesbienne et plus largement queer. La sobriété du plan, la tenue similaire impersonnelle et l'attitude quasi désincarnée des deux protagonistes nous plonge dans une séquence qui est loin d'être une mise en scène classique charnelle et excitante spécifique au sujet.
Ce plan et le ton employé s'opposent radicalement au discours tenu qui est très sexuellement explicite. Loin d'être un dialogue romantique et sensuel, de type confidence sur l'oreiller, le dialogue n'en est pas un, c'est plutôt un mode d'emploi très pragmatique sur "comment survivre sexuellement au bilinguisme" comme l'indique le titre, ou plutôt, comment négocier et satisfaire ses désirs dans une communauté queer bilingue dont il faut maîtriser les codes, et les modes de séduction en mouvement perpétuel et gérer aussi ses propres contradictions en tant que lesbienne / féministe / queer.
Jouant sur l'absence totale de sentimentalisme, la narration est une boucle rapide qui synthétise une relation ou plutôt une interaction entre deux amantes. La vidéo parle avec ironie du caractère frontal de notre rapport à la sexualité perçue comme sans tabou, de la difficulté à se comprendre dans de multiples circonstances, et d'une certaine lassitude qui parfois s'en dégage. Le sexe et la séduction, se détachant de l'amour avec auto-dérision et peut-être aussi avec un brin de mélancolie, comme un jeu stratégique où il faut être rapide, efficace et parvenir à ses fins sans perdre une plume.


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Suffocation de la matrice, 2012
en collaboration avec Francis Enyedy





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Famille/faille, 2012
installation